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QUI EST ROMAIN MOLINA ? L’OMERTA DES VIOLENCES SEXUELLES DANS LE FOOTBALL

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QUI EST ROMAIN MOLINA ? L’OMERTA DES VIOLENCES SEXUELLES DANS LE FOOTBALL

INTERVIEW JADE LAGNIER — 21 JUILLET 2020 MEDIA LYONBONDYBLOG

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Journaliste sportif d’investigation indépendant, Romain Molina lutte quotidiennement contre les injustices et les violences dans le milieu sportif. Spécialisé dans le football, il livre au Lyon Bondy Blog son expérience et ses combats face à la criminalité sportive.

Vous avez un parcours et une notoriété très remarquables, des milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, divers types de publications à votre actif : cinq livres, plusieurs vidéos, enquêtes et articles pour de grands journaux français et internationaux. Vous avez aussi été un basketteur semi-professionnel et international, expliquez-nous votre cursus professionnel.

J’ai fait l’école des marchés et des fruits et légumes avec mes parents et mes grands-parents et j’ai un baccalauréat littéraire. Je suis rentré à 19 ans en tant que stagiaire à Maxi Basket-news qui était un hebdomadaire et mensuel français de basket. Je joue au basket à un niveau semi-professionnel, j’ai d’ailleurs été champion de basket à Gibraltar. J’ai vécu dans divers pays comme l’Angleterre, l’Écosse et l’Andalousie.

J’ai toujours créé moi-même et, n’ayant pas fait d’école de journalisme, je me suis dit que mon école serait celle de la pratique et de me confronter à la réalité. J’essaie d’ouvrir les yeux sur ce qui se passent dans le monde. Je suis parti de rien et aujourd’hui j’ai publié cinq livres qui ont été traduits en Uruguay, Angleterre, Russie, Espagne et bientôt en Allemagne et en Autriche. J’ai la chance de pouvoir vivre de cela ce qui est très rare donc j’en suis reconnaissant.

J’ai aussi fait des enquêtes pour le New York Times, la BBCCNNThe Guardian et Le Temps, quotidien d’informations suisse. J’ai aussi travaillé pour un média pakistanais ce qui était assez folklorique et fais des articles pour France Football. Je suis indépendant et tiens une chaine YouTube pour varier les formats.

Comment cette idée de devenir journaliste sportif d’investigation est-elle arrivée ?

J’ai toujours été curieux et je posais énormément de questions lorsque j’étais petit. Je me bats depuis mon plus jeune âge contre les injustices et j’ai du mal à fermer les yeux là-dessus. J’essaie d’aller au bout des choses et d’apprendre un maximum aux autres. Je ne me considère pas comme un journaliste ni comme un écrivain : je suis simplement moi-même et quelqu’un qui raconte des histoires avec des arguments réels. Le statut m’importe peu car nous sommes tous pareils. Je n’ai pas de carte de presse et je n’en veux pas. Je pense que je fais du journalisme mais cela ne veut pas forcément dire que je suis journaliste. Aujourd’hui, le journalisme n’est pas l’activité qui me fait vivre car j’écris rarement des articles : ce sont mes livres et mes vidéos sur YouTube.

En France, depuis quelques années et notamment suite au témoignage de Sarah Abitbol, de nombreuses affaires concernant des violences dans le milieu sportif sont dénoncées et mises au jour. Divers sports sont concernés comme l’athlétisme, l’équitation, le tennis, le ping-pong ou encore le football. Comment lutter contre cette omerta selon vous ?

Lorsque j’apprends que des violences sexuelles ont été commises, ma première action est de retrouver les auteurs, que ce soit des femmes ou des hommes, et de les trainer en justice. Il y a aussi des femmes qui abusent d’autres femmes mais personne n’en parle car c’est un sujet tabou : il y a une énorme omerta. Tout le monde est au courant de ce qu’il se passe mais lorsque l’information sort, tout le monde dira que c’est horrible ce qu’il se passe. Personne n’a le courage d’enquêter et d’en parler donc lorsque j’aurai terminé à Haïti je m’occuperai des cas de violences en France.

Le 1erjuillet dernier, la Ministre des Sports Roxana Maracineanu a donné une conférence de presse sur la prévention des violences dans le sport. De nombreux thèmes ont été abordés comme la protection de l’enfance, le traitement des situations de violences, la mobilisation nationale ou encore la mise en place dès 2021 d’un contrôle automatique d’honorabilité des salariés et bénévoles sportifs. Que pensez-vous de tous ces dispositifs ?

Je pense que malgré cette bonne volonté, cela reste de la communication et peu de concret. Il faut déjà donner un exemple en haut et être exemplaire mais le problème est que tout le monde est au courant de ce qu’il se passe et personne ne dit rien. Certaines personnes ont des propos inappropriés sur des enfants mais on les laisse faire et ils sont en liberté.

Il y a énormément de cas de violences dans le sport et depuis les révélations de Sarah Abitbol et d’autres victimes, on se dit qu’il faut faire quelque chose. Malheureusement, la pédophilie existe dans tous les milieux : les victimes féminines sont majoritaires mais des garçons sont aussi abusés. La plupart des scandales pédophiles que ce soit en France ou dans le monde, cela concerne généralement des personnes importantes.

Pour rebondir sur l’affaire de Sarah Abitbol, c’est Emmanuelle Anizon -journaliste française pour l’Obs – qui a découvert « un nid de prédateurs ». Pourriez-vous envisager une collaboration avec elle afin de mettre en commun vos recherches et travaux ?

Je suis toujours ouvert à tous les niveaux et surtout concernant ce genre d’affaire par contre je reste dans mon domaine : c’est-à-dire le foot. Si je peux aider, j’aiderai car je pense que lorsqu’on a le pouvoir de faire changer les choses et qu’on ne le fait pas, on est complice de ces crimes. Par exemple, concernant l’affaire d’Haïti, nous sommes trois à avoir co-signé l’article. Il faut absolument arrêter cette omerta et je ne comprends pas pourquoi personne n’ose en parler. Ce n’est pas dangereux de vouloir aider des victimes de violences sexuelles qui sont très souvent mineures et avortent à l’âge de 16 ans.

Concernant l’affaire Haïti et le dossier Dadou Jean-Bart (président de la Fédération haïtienne de football) qui relate des abus sexuels commis sur diverses joueuses dont des mineures. Comment traiter une affaire aussi sensible ?

Cela prend beaucoup de temps, il faut terminer à 4 ou 5h du matin durant très longtemps étant donné qu’il y a le décalage horaire. C’est une activité quasiment à temps plein et ce n’est pas facile de publier des choses. C’est aussi compliqué au niveau des familles de victimes. Le but n’est pas seulement de publier les faits mais d’aller au bout et que les auteurs de violences sexuelles aillent en prison. Parallèlement j’aide aussi une ONG et je réalise tout le suivi des familles qui ont confiance en moi.

Par exemple, lors d’une conférence en créole pour préparer les témoignages, les filles victimes de violences sexuelles ont répété qu’elles voulaient que je sois là. C’est une de mes expériences qui m’a énormément touché et cela m’a fait prendre conscience de l’importance du travail qu’on réalise. Malgré les obstacles, on a pu donner de l’espoir à des personnes ayant perdu leur innocence et leur virginité et qui chaque nuit font des cauchemars. Ceci n’est pas du journalisme mais c’est faire preuve de compassion et d’humanité et cela n’a pas de prix.

Pour revenir sur l’aspect dangereux de ce genre d’enquête, avez-vous déjà reçu des menaces et quels types de menaces exactement ?

Oui mais la meilleure manière d’être protégé dans ce milieu c’est de montrer qu’on n’a pas peur. Certaines personnes ont voulu m’attaquer en justice, ont porté plainte contre moi et m’ont traité de tous les noms pour essayer de me décrédibiliser. Ils ont aussi joué la carte racialiste mais je ne fais pas de différence. Un enfant est un enfant quelle que soit son origine ou sa nationalité.

Avez-vous pour projet d’écrire un livre sur un ou plusieurs témoignages et familles que vous avez suivies pour montrer comment se déroule ce genre d’enquêtes et de situations ou cela restera-t-il confidentiel ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre. Mon but est d’aller au bout des choses et que ces prédateurs terminent en prison. Mais les personnes accusées sont très puissantes et influentes dans le milieu du foot haïtien. Aujourd’hui, le foot a été criminalisé et c’est devenu l’équivalent d’un cartel. Depuis 20 ans, il se passe des crimes inhumains au sein du club de foot haïtien. Le football est un instrument de pouvoir regroupant de nombreux délits et crimes comme la délinquance, la criminalité, le blanchiment d’argent, les matchs truqués, etc.

Je n’ai pas envie et je ne demanderai jamais à une victime de raconter à nouveau son expérience car elle a déjà assez souffert. A part satisfaire mon égo cela ne mènera à rien. Cela aura juste obligé une personne à se rappeler qu’elle a été violée et qu’elle a dû avorter. Je refuse donc de publier un livre avec ces témoignages car ce sont qui plus est des histoires énormément choquantes voire gores.

Je parle beaucoup de ces affaires et j’ai dû incarner ce combat et m’exposer car c’est la seule manière de faire comprendre aux victimes qu’il y a un espoir d’obtenir justice un jour.

INTERVIEW JADE LAGNIER — 21 JUILLET 2020 MEDIA LYONBONDYBLOG

PHOTO / GOOGLE

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